Résidence principale, les Parisiens se mettent au vert

Résidence principale, les Parisiens se mettent au vert

Convertis au télétravail, chassés par la hausse des prix, les Parisiens se mettent au vert… à moins de deux heures de route et en gardant un pied dans la capitale.

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Beaumont-en-Auge, près de Caen. L'an dernier, la Normandie a enregistré une forte hausse des recherches de logements.

Brigitte Merle

A quelque chose malheur est bon. Covid et hausse des prix incitent de plus en plus de Parisiens à tout quitter pour s'installer au vert. Ces acquéreurs à la recherche d'une nouvelle résidence principale dynamisent les marchés immobiliers de grande couronne et de province… à deux heures de Paris. "La pandémie de coronavirus a servi d'accélérateur à de nombreux particuliers ayant le projet de quitter Paris", témoigne Kelly Simon, la cofondatrice de Paris-jetequitte.com, un site destiné aux Franciliens ayant des envies d'ailleurs.

Après huit semaines passées dans un petit appartement en pleine ville, le confinement du printemps 2020 a très vite fait naître des envies d'espace et de verdure. D'autant que le développement du télétravail autorise aujourd'hui à se projeter dans un nouveau chez-soi plus loin de son bureau. "L'emploi reste le premier frein à la mobilité, pointe Kelly Simon. Or, il est désormais possible de déménager à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres en conservant son boulot parisien grâce au télétravail."

Familles de trentenaires

Il faut dire que l'image de la capitale a du plomb dans l'aile. "Entre les attentats, les grèves, les “gilets jaunes”, la fermeture des lieux de loisirs, de culture et des restaurants, la vie parisienne fait moins rêver qu'avant", constate maître Thierry Delesalle, président de la commission des statistiques immobilières de la Chambre des notaires de Paris. Sans compter que la hausse des prix (+ 35,2 % en cinq ans d'après les notaires) a fini d'en décider certains, en particulier les familles de trentenaires avec un ou deux enfants en bas âge, à chercher ailleurs les chambres qui leur manquent. "De plus en plus de couples sans enfant et de célibataires sautent également le pas", ajoute Kelly Simon. " Les Parisiens participent à la hausse des prix : à Caen, le m² s'établit à 2 720 euros, en hausse de 9,8 % sur un an." Séverine Amate, porte-parole de SeLoger.

A 10 850 euros le m2 en moyenne à Paris, ils peuvent s'offrir une surface deux ou trois fois plus grande, voire davantage. "On voit aussi des quinquagénaires libérés des obligations scolaires de leurs enfants qui cherchent à s'installer ailleurs quelques jours par semaine, constate Corinne Jolly, la présidente de PAP.fr. Ils profitent alors d'une double résidence principale." Ce site enregistre une explosion des recherches de maisons, qui représentent désormais 67 % des demandes, contre 57 % avant le Covid.

Rêve d'une vie de village

Et, grande nouveauté de l'année 2020, les Franciliens candidats au départ n'hésitent plus à franchir les frontières de leur région. "Leurs recherches en Ile-de-France reculent de 4 %, alors qu'elles explosent en dehors, notamment en Normandie (+ 61 %) et dans le Centre-Val de Loire (+ 51 %)", confirme Séverine Amate, porte-parole de SeLoger. Les villes situées à une ou deux heures de train de Paris ont particulièrement la cote, car elles permettent un mélange idéal entre télétravail et bureau au gré des besoins. C'est notamment le cas de Chartres, Caen et Sens, pour lesquelles les recherches ont plus que doublé.

" L'intérêt soutenu des Parisiens pour ces villes participe à la hausse des prix, ajoute Séverine Amate. A Caen, le m 2 s'établit à 2 720 euros, en hausse de 9,8 % sur un an, d'après le baromètre LPI-SeLoger." Même phénomène à Orléans, dont les prix s'envolent de 15,6 % sur un an, à 2 639 euros le m2, et qui fait l'objet de 57 % de recherches supplémentaires. "Certaines entreprises franciliennes prennent en charge une nuit d'hôtel par semaine pour leurs salariés habitant en région et venant au bureau deux jours par semaine, indique Kelly Simon, de Paris-jetequitte.com. Cela permet de s'installer dans des villes facilement accessibles, comme Tours, Orléans, Rouen, Reims, Le Mans ou Lille, pour gagner en qualité de vie sans changer de job. » Ces ex-Parisiens déménagent donc dans une nouvelle résidence principale située à 100 ou 200 kilomètres de la Tour Eiffel, tout en conservant leur emploi. Leurs recherches ne se limitent pas aux grandes agglomérations : 40 % souhaitent s'installer dans une commune de moins de 20 000 habitants. "Autrement dit, ces candidats au changement rêvent d'une vie de village ! C'est un virage à 180 degrés par rapport à la vie en région parisienne", souligne Séverine Amate, de SeLoger.

Maison bis

L'autre grand phénomène, c'est la naissance de la "semi-résidence principale". De plus en plus de familles transforment leur maison de campagne en lieu de vie bis. "Les enfants restent scolarisés à Paris. Monsieur part télétravailler dès le jeudi soir, rejoint par sa famille pour le week-end, tandis que madame prolonge son séjour en début de semaine, également en télétravail, témoigne Laurent Vimont, président du réseau Century 21. C'est un vrai phénomène dans un rayon de 100 kilomètres autour de Paris, de Fontainebleau à Compiègne."

Une tendance confirmée par maître Thierry Delesalle : "Les marchés immobiliers ruraux à deux heures de la capitale en voiture étaient très calmes depuis cinq ans. Les Parisiens sont arrivés et ont vidé les stocks en quelques mois."

La décision est plus facile à prendre, car il ne s'agit pas de quitter Paris ou sa banlieue, seulement d'y résider en alternance avec la campagne. "Mieux vaut tester, un peu avant, ce mode de vie à cheval sur deux endroits. La bonne idée, c'est de commencer par louer une maison de campagne à l'année", conseille Laurent Vimont. Il s'agit d'éviter de s'emballer un dimanche ensoleillé de mai pour une maison en rase campagne qui sera moins séduisante au cœur de l'hiver." Mieux vaut tester un peu avant ce mode de vie à cheval sur deux endroits. La bonne idée, c'est de commencer par louer une maison à l'année." Laurent Vimont, président du réseau Century 21.

"Il faut écouter la voix de la raison lorsqu'on veut changer de vie : la localisation est une garantie pour préserver son capital, rappelle Stéphane Fritz, de Guy Hoquet. Mieux vaut s'installer à proximité des centres de vie (commerces, écoles) et des transports." Il faut aussi bien peser le pour et le contre, car ce choix comporte des contraintes : acheter une deuxième voiture, faire le taxi pour accompagner les enfants à leurs activités. A ne pas négliger, non plus, les frais liés à une maison, plus élevés que ceux d'un petit appartement parisien : entretenir le jardin ou chauffer une grande surface pas toujours bien isolée.

Ruée sur la grande couronne

Tous les candidats au changement ne sont pas prêts à une telle révolution. Certains se contentent de franchir le périphérique. "La grande couronne est clairement la gagnante du contexte sanitaire, avec des recherches en hausse de 62,6 % sur un an, et même de 113 % pour la Seine-et-Marne", note Corinne Jolly, de PAP.fr. Sur son site, le prix moyen d'une maison en grande couronne (Essonne, Seine-et-Marne, Val-d'Oise et Yvelines) s'élève à 388 000 euros. Un budget qui permet de s'offrir une centaine de mètres carrés, contre… 36 à Paris. Nul besoin d'être fort en maths pour calculer l'avantage. "Ce report vers la banlieue n'est pas nouveau, relativise Thierry Delesalle. Ce n'est pas un tsunami lié au Covid, mais une lame de fond durable." Les statistiques des Notaires du Grand Paris le confirment : 11 % des Parisiens ont acheté en grande couronne au deuxième semestre 2020, alors qu'ils n'étaient que 8 % en moyenne ces dix dernières années.

Les destinations les plus attractives

SeLoger mesure l'attractivité des régions aux yeux des Franciliens par l'évolution des leads (mise en relation avec une agence) sur un an. Ainsi, les recherches sur la Normandie par des Franciliens augmentent de 61 % sur un an. Pour les régions, l'évolution est mesurée en 2020 par rapport à 2019. Pour les villes, l'évolution est mesurée entre le deuxième semestre 2019 et le deuxième semestre 2020.

 

Source : magazine Challenges.

 

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